GOODNIGHT SOFIA

Chevelure noire de jais et nez droit, elle me faisait froid sur la peau et en même temps, sa bouche rose et charnue me faisait chaud dans le ventre. J’avais envie d’y apposer la mienne, doucement, et d’écarter ses lèvres pleines pour y insérer ma langue. J’étais persuadée qu’elle goûtait la menthe. Pas la verte, la polaire. Elle s’est retournée comme si elle avait entendu mes pensées. J’ai vissé mes yeux dans ceux d’une femme de la Renaissance, peinte en 1491. Je sondais son regard sombre pour essayer de comprendre ce qu’elle ressentait, les pensées qu’il y avait dans sa tête au moment de poser pour le peintre. Je senti un souffle dans mon cou, puis une voix grave murmurer à mon oreille :
«Elle n’est pas triste comme on pourrait le croire aux premiers abords. Une ombre de sourire se profile du côté droit de son visage. Elle pense à la femme qui la retrouvera dans ses appartements à la tombée du jour…»
J’enchaînai, sans me retourner : «Il ne faudrait surtout pas que son mari les surprenne. La surprise, s’il découvrait que la flamme de sa femme est sa sœur à lui…»
Une main se posa sur ma hanche. Le souffle chaud répondit : «Il n’y a aucune chance que mon mari nous trouve ensemble à la tombée du jour, puisqu’il est mort. Vous voulez boire un verre ?»
Cette femme me faisait décidément chaud et froid à la fois. J’acceptai la proposition.
Elle nota son adresse sur un bout de papier avec l’heure de rendez-vous et se retourna pour partir. Je la retint par le bras, pouvais-je au moins avoir son nom ? Elle répondit que je n’avais qu’à la rejoindre le soir venu et que j’aurais tout mon temps pour deviner.

Le soleil se couchait sur un ciel rose foncé. Lorsque j’arrivai à l’immeuble, il avait complètement disparu, laissant place à un mince croissant de lune sur un ciel bleu marin. J’étais à l’heure. Je sonnai. La porte se débarra et je montai, retenant ma respiration. Arrivée en haut de l’escalier, la porte s’ouvrit toute seule comme si elle m’attendait derrière. J’entrai et trouvai sur la table du salon, une bouteille de vin rouge et trois coupes. Peut-être m’étais-je trompée sur ses intentions… Elle surgit à mes côtés et me fit une bise sur le coin de la bouche. En pénétrant dans l’appartement, je découvris une femme à la cuisine, qui fumait une cigarette en soufflant la fumée par la fenêtre entrouverte. Des chandelles était allumée à plusieurs endroits et dans la pénombre, je n’arrivais à savoir quel âge elle avait. Mais ses pommettes hautes et son visage rond me donnaient l’impression qu’elle était plutôt jeune. Sa fille peut-être ? Une fille que sa mère laissait fumer allégrement… Je pris place sur le divan à côté de la femme rencontrée quelques heures plus tôt. «Vous pensiez que nous ne serions que les deux ?» qu’elle me dit, y allant franc jeu. Je répondis que oui, en toute honnêteté mais que j’étais toujours ravie de faire de nouvelles rencontres. «Bonne attitude» qu’elle se contenta d’ajouter, sans me donner la moindre explication. Je n’étais pas du genre à poser trop de questions, j’aimais laisser aller les choses et voir où ça menait. La demoiselle à la cigarette nous rejoint, après avoir écrasé son mégot dans le cendrier. Je ne m’étais pas trompée, elle devait être au début de la vingtaine, pas plus. Elle s’assis à côté de moi et rempli les trois coupes de vin à ras bord. «Je n’aime pas perdre mon temps dans des gestes inutiles» qu’elle me dit en plongeant sont regard sombre dans le mien, très sérieuse. Puis elle esquissa un sourire en coin qui laissa apparaître une fossette. Une petite vague me chatouilla l’entrejambe. Elle était franchement mignonne. Sévère et candide à la fois. Comme sa mère ? Je rejetai instantanément cette hypothèse. Une langueur sensuelle planait, qui me faisait penser que ces deux femmes étaient même plus que des amies. Je demandai des noms. On me répondit de deviner. À croire que c’était un jeu auquel elles s’étaient adonnées auparavant. J’avais peu d’informations pour me lancer mais je n’osais les décevoir. Pour la plus jeune je dis Charlie, c’était un nom que j’adorais, pour les filles et les garçons. Elle me sourit, la fossette réapparue, ainsi que la pointe dans mon bas-ventre. Elle me dit que Charlie n’était pas ici, en prenant une longue gorgée de vin, comme si c’était du jus de raisin. Je lui dis que j’acceptais de me rendre à trois essais mais qu’après j’espérais avoir un peu d’aide. Elle hocha de la tête, les yeux fermés. «Diane !» que je lançai, au hasard. C’était un nom que j’avais appris à aimer avec le temps et que je trouvais empreint d’une grande classe. Surprise, elle me dit que je brûlais. C’était totalement vrai, mais pas dans le même sens qu’elle le sous-entendait. J’y allai avec la première lettre et balançai : «Delphine» un rire dans la voix. Elle fît d’immenses yeux, en ouvrant la bouche, complètement ahuri, j’avais trouvé. Fière de moi, j’entrai complètement dans le jeu en m’attaquant à la femme à la chevelure foncée. Je lui dis, à la blague que j’espérais qu’elle s’appelle Jeanne, en l’honneur de Jeanne-d’Arc, une femme exceptionnelle. Elle se montra flattée mais dit que ni Jeanne, ni Arc ne faisait parti de son nom. J’adoptai une stratégie : l’alphabet. Après le A de Arc. J’y allai avec le B. de Béatrice. «Votre nom, madame, est Béatrice !» Les deux femmes rigolèrent de l’enthousiasme que je mettais à leur jeu. «Plus qu’un essai» m’annonça Delphine. Je poursuivi avec le C. «Camélia, comme la fleur.» dis-je donc en dernier recours. «Votre enthousiasme et votre imagination me ravissent mais ce n’est pas ça.» dit la principale intéressée, faussement peinée. «Nous vérifierons vos connaissances géographiques avec l’indice.» Poursuivis t-elle. «Je suis la capitale de la Bulgarie.» qu’elle dit, malicieuse. C’était trop facile. Elle ne me connaissait pas du tout… Je répondi immédiatement : «Vous êtes Sofia, la plus grande ville de Bulgarie, au pied du mont Vitocha.» Les deux femmes écarquillèrent les yeux. Elles ne savaient pas du tout à qui elles avaient à faire. Et à quel point l’ironie du sort avait frappé. Je leur dis que pour ma part, j’étais la plus grande rivière qui traverse la Bulgarie. Elles me regardèrent avec un regard mi-amusé mi-sceptique, ne sachant pas si je les menais en bateau, ou si je disais la vérité. Je sorti mon permis de conduire de mon porte-monnaie pour prouver mes dires. Iskar était mon nom. Comme la rivière de Bulgarie. Sofia vérifia l’information et me regarda, un immense sourire sur le visage, la main devant la bouche, n’arrivant pas à y croire. Delphine, les joues roses du vin qu’elle avait presque terminé, ne pouvait arrêter de s’exclamer. C’était incroyable. Je racontai l’histoire de mes parents, qui s’étaient rencontrés à Sofia, en Bulgarie, sur le bord de la rivière Iskar et qui, quelques mois plus tard, avait donné ce nom à leur leur petite fille, en l’honneur du courant qui avait vu naître leur amour coup de foudre.
Enivrés par le vin et par la coïncidence improbable, nous continuâmes à parler et à rigoler, très complices. Delphine et Sofia s’échangeaient parfois des regards appuyés, que je n’arrivais pas à déchiffrer. J’étais excitée certes, mais je ne posais pas de questions. J’appréciais simplement leur compagnie, en ne sachant pas où tout ça allait nous mener. Jusqu’à ce que Delphine, à la fin d’une de mes phrases, colle sa bouche à la mienne, d’un mouvement vif et doux à la fois. Je laissai sa petite langue se faufiler à la rencontre de la mienne. Puis, les mains de Sofia empoignèrent mes seins, doucement, par dessus ma chemise. Elle les palpa un peu puis commença à me déboutonner. Je continuais à embrasser les lèvres violacées de Delphine. Elle s’éloigna de moi un instant pour rejeter ses cheveux en arrière et dégager son visage. Elle me fit son sourire avec fossette qui m’électrisa le bas-ventre. Au même moment, Sofia inséra ses doigts dans ma culotte. Je frissonnai de plaisir et de surprise à la fois. Elle écarta doucement mes lèvres et caressa mon clitoris du bout des doigts, en le pinçant légèrement. Je gémis faiblement dans la bouche de Delphine qui ne cessait me m’embrasser goulûment. Les doigts de Sofia quittèrent mon entrejambe et Delphine me poussa vers l’arrière pour que je m’allonge sur le canapé.
Elle détacha mon pantalon qu’elle retira d’un seul geste. À côté de mon visage, Sofia avait retiré son jean et sa culotte pour venir poser son sexe sur ma bouche, très délicatement, m’offrant sa vulve gonflé que j’embrassai d’abord, avant d’y enfoncer ma langue d’un seul coup, très profondément. Elle expira, fort, et son corps fît un petit soubresaut. Je saisi ses fesses à deux mains pour la coller à mon visage. Je la tenait fermement pour bien lécher. Delphine avait enfoui son joli visage entre mes jambes et embrassais mes lèvres, comme elle l’avait fait auparavant avec celles de ma bouche. Je gémissais de plus en plus fort dans Sofia dont la respiration s’accélérait alors que je redoublais d’ardeur avec ma langue. Delphine enfonça un doigt en moi, très lentement, pour que je la sente bien me pénétrer. Puis, comme j’étais assez mouillé, un deuxième. Ce fût instantané, mon corps se cambra et sans lâcher le sexe de Sofia, je jouis très fort. Delphine remonta jusqu’à mon visage, m’embrassa une dernière fois, avant de se lever pour aller près de la fenêtre s’allumer une cigarette. Sofia s’allongea sur moi et m’écarta les jambes avec les siennes pour coller nos sexes ensemble. Ils s’encastraient parfaitement. Le corps chaud et rassasié, l’esprit dans les vapes de l’alcool et du plaisir je murmurai : «Bonne nuit Sofia», avant de sombrer dans un sommeil sans rêves.

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